La propriété n'est pas le vol et le téléchargement non plus, n'en déplaisent à Proudhon et à Sarkozy. Cependant le seul des deux qui aie véritablement tort est l'actuel Président de la République qui déclarait voici quelques jours que " le vol à l'étalage numérique n'est pas admissible". Car Proudhon, qui n'était certes pas juriste, mais philosophe, et avait, lui, réfléchi à la question, affirmera un peu plus loin dans son ouvrage "Théorie de la Propriété" que celle-ci est aussi la liberté et même la seule force qui puisse servir de contre-poids à l'État. En réalité Proudhon ne visait par cette phrase devenue fameuse pour son paradoxe les oisifs propriétaires terriens de son époque, situation qui n'est pas sans analogies avec certains contemporains héritiers d'auteurs plus ou moins célèbres.

Le vol est un délit matérialisé par la soustraction frauduleuse de la chose d'autrui (article 311-1 Code Pénal). La définition date de 1810 dans notre système répressif (ancien article 379 du même code). L'élément matériel de l'infraction est la soustraction : elle signifie que l'auteur du délit enlève quelque chose à sa victime qui en sera ainsi dépossédée. Or, le téléchargement illégal ou légal n'ôte rien à personne : bien au contraire il ajoute un exemplaire, par copie généralement à l'identique de la chose. L'opération est donc, matériellement, l'inverse du vol. En réalité, nom juridique du délit du téléchargement illégal d'œuvres protégées par le droit d'auteur est la contrefaçon.

Parler de vol à ce sujet est donc une impropriété juridique d'autant plus remarquable qu'elle émane d'un ex-avocat censé maîtriser une notion si élémentaire du droit pénal qu'on l'enseigne en 1e ou 2e année de fac. Elle se double d'une impropriété de fait car les réseaux de téléchargement numérique ne sont pas un étalage où l'on propose des choses contre paiement mais des mises à disposition gratuites et sans esprit de lucre. Certes il s'agissait de provoquer et d'impressionner le public fusse au mépris de l'exactitude et du droit qui, dans ces domaines, pèsent peu quelque soit le bord qu'on défende. Mais en droit comme en politique, l'inexactitude est toujours plus loin de la vérité que du mensonge.